La Rochelle et les femmes résistantes

À l’occasion du 80e anniversaire de la Libération de La Rochelle, la Ville met en lumière ces femmes résistantes aux parcours remarquables qui ont donné leurs noms à des établissements scolaires, des bâtiments rochelais, des rues...

Joséphine Baker, femme de lutte

Née aux États-Unis, Freda Josephine McDonald mène une première carrière américaine de chanteuse et de danseuse, sous le nom de Joséphine Baker. Elle débarque pour la première fois en France en septembre 1925 et rencontre rapidement le succès à Paris en prenant part à un tableau baptisé La danse sauvage qui se moque ouvertement des pratiques coloniales et des préjugés.

En 1937, elle épouse Jean Lion, jeune courtier en sucre, et devient française. Le jeune couple s’installe dans le château des Milandes, dans le Périgord, son « château de la belle au bois dormant », qui accueille aujourd’hui un musée qui lui rend hommage.

Elle prend part à la Seconde Guerre mondiale et devient un « honorable correspondant » des services secrets français, terminant la guerre comme lieutenant de l’Armée Française de la Libération. En 1946, elle reçoit la médaille de la Résistance française. Elle sera décorée de la Légion d’Honneur et de la Croix de guerre en 1961.

Au terme du conflit, elle s’investit dans la lutte contre le racisme. Elle soutient le mouvement américain des droits civiques du paster Martin Luther King et milite contre la politique d’apartheid instaurée en Afrique du Sud. Dans son château des Milandes, elle accueille sa « tribu arc-en-ciel » de douze enfants de toutes origines. Elle se produit au Casino de La Rochelle en 1958 et 1960. Le 12 avril 1975, à l’âge de 68 ans, elle s’éteint au terme d’une vie riche en succès et engagements. 

À La Rochelle, la passerelle qui enjambe les voies de la gare porte le nom de Joséphine Baker.

Marie Marvingt, la « fiancée du danger »

Marie Marvingt a été surnommée la « fiancée du danger » tant elle a frôlé les limites durant toute son existence. Sportive hors pair, elle participe à sa première course cycliste en 1904. En 1906, elle devient la première Française à parcourir les 12 km de la Traversée de Paris à la nage. Excellant dans les disciplines alpines, elle remporte de nombreuses épreuves de ski, de patinage artistique et de vitesse, ou encore de saut à ski organisées dans la région de Chamonix. En 1908, les organisateurs lui refusant l’accès à l’épreuve, elle participe au Tour de France cycliste à titre officieux et termine la légendaire Grande Boucle.

Pionnière de l’aviation, elle est la première aviatrice à traverser la Manche en 1909 et établit plusieurs records. Au déclenchement de la Première Guerre mondiale, elle utilise son avion pour mener des bombardements. Elle se déguise en poilu et rejoint le front pendant plusieurs semaines avant de se faire démasquer. Elle devient correspondante de guerre et poursuit sa carrière de journaliste après l’Armistice. Elle participe au développement de l’aviation sanitaire et ne cesse de se lancer des défis, allant jusqu’a décrocher son brevet de pilote d’hélicoptère en 1959, à l’âge de 85 ans. Elle est décédée le 14 décembre 1963. 

À La Rochelle, une école élémentaire située dans le quartier de Laleu porte le nom de Marie Marvingt.

Jeanine Guillaud dite « Myosotis », résistante rochelaise

Durant la Seconde Guerre mondiale, Jeanine Guillaud participe sous le nom de « Myosotis » au travail considérable de renseignement réalisé par le réseau de résistance Nina dans le quartier de La Pallice. Le réseau Nina, qui est une branche du réseau F2 déployé depuis le début du conflit dans toute la France, a installé son quartier général au numéro 60 de la rue Saint-Yon, dans l’arrière-boutique de Lucien Le Terrier, le chef du réseau local. Lucien Le Terrier recrute Jeanine Guillaud et s’appuie sur ses capacités à parler anglais pour faciliter les échanges avec les Services secrets britanniques (SOE) qui travaillent, aux côtés de l’ensemble des Forces alliées, à la libération du territoire.

Durant les derniers mois du conflit, pendant la « Poche de La Rochelle », la jeune résistante reçoit et émet des messages en morse à partir d’un poste émetteur parachuté par les alliés, et fournit des informations déterminantes qui vont permettre de déloger l’occupant allemand de la ville. 

À La Rochelle, une rue située dans le quartier de Beauregard porte le nom de Jeanine Guillaud. 

Marthe Pineau, résistante rochelaise

Marthe Pineau est infirmière indépendante à La Rochelle lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate. En sa qualité de soignante, elle bénéficie d’un laissez-passer qu’elle utilise, avec l’aide de son neveu Claude Bouyer qui fait office de chauffeur, pour prendre en charge des résistants dirigés vers elle par les réseaux locaux, prenant des risques immenses. Elle cache ces personnes en fuite dans la maison familiale du 10 rue de la Cloche et soigne les blessés et malades.

Donneuse depuis plusieurs années, elle procède à des transfusions sanguines de son sang, bras à bras, particulièrement dangereuses pour sa santé. Les très nombreuses transfusions qu’elles réalisent, alors que la technique est encore balbutiante, lui valent de recevoir en 1945 la Croix de la Légion d’honneur

À La Rochelle, une rue située dans le quartier de Beauregard porte le nom de Marthe Pineau.

Renée Michaud dite « Marcelle », résistante rochelaise

Renée Michaud est née à La Rochelle en 1920. Déclarée pupille de la Nation au décès de son père militant communiste en 1931, elle s’engage très tôt dans l’action des Jeunesses communistes.

Compagne d’André Sautel, secrétaire du parti communiste en Charente-Maritime et fondateur du premier groupe de Francs-tireurs et partisans (FTP) rochelais, Renée Michaud entre en clandestinité en mars 1940. Elle prend en charge sous le pseudonyme de « Marcelle » l’organisation des groupes locaux du Front national de lutte en Gironde et assure les liaisons entre le Sud-Ouest et Paris durant quelques mois, avant d’être arrêtée en février 1942 en possession de tracts, dont certains en allemand destinés aux soldats de la Wehrmacht.

Emprisonnée à la prison de la Santé, puis au camp allemand du Fort de Romainville, elle fait partie du convoi des cent premières femmes otages qui quittent Compiègne le 24 janvier 1943 à bord de wagons à bestiaux en direction du camp de femmes d’Auschwitz-Birkenau. Renée Michaud y est enregistére sous le matricule 31676 tatoué sur son bras. Malade, elle décède dans le camp autour du 15 avril 1943, à l’âge de 23 ans. 

À La Rochelle, un parc situé dans le quartier de la gare porte le nom de Renée Michaud.

Étiennette Gallon, résistante rochelaise

Étiennette Dubet est née le 29 mai 1917 à Boyardville. Elle est lycéenne à La Rochelle et suis la formation de l’École normale située sur l'avenue Aristide Briand. Elle rencontre Jean Gallon en 1936. Tous deux instituteurs, ils se marient le 30 juillet 1938 à Dolus-d’Oléron. En 1940, le couple est nommé à Goupillière en Normandie.

Étiennette, qui devient secrétaire de mairie, se met au service de la Résistance locale et profite de son poste pour établir des faux-papiers destinés aux réfugiés que le couple héberge dans le sous-sol de son école. Des pilotes alliés y sont également cachés et leur retour vers l’Angleterre est organisé pour éviter de tomber aux mains de l’occupant allemand.

En décembre 1940, le couple intègre la France libre et apporte son soutien au réseau « Surcouf ». Jean Gallon est arrêté en août 1944 par la Gestapo et déporté au camp de Buchenwald, d’où il revient en 1945 très affaibli par sa détention. De retour à La Rochelle en 1980 avec son mari, Étiennette organise des conférences dans les écoles et raconte son parcours de résistante. Présidente de l’Union Départementale des Combattants Volontaires de la Résistance (UDCVR) de Charente-Maritime, elle reçoit la Légion d’Honneur en 2015. Elle s’éteint à La Rochelle le 24 octobre 2017, à l’âge de 100 ans. 

À La Rochelle, une rue située dans le domaine portuaire porte le nom d’Étiennette Gallon.

Henriette Michel dite « Mitraillette », résistante rochelaise

Henriette Michel vend du poisson qu’elle transporte en charrette à bras dans les rues de La Rochelle dès l’âge de 18 ans. Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle cache des grenades dans sa machine à coudre et des fusils dans la cheminée du bar que tient son mari, membre de la Résistance, dans la rue de la Chaîne. Cet acte lui vaut le surnom glorieux de « Mitraillette ». 

À La Rochelle, une rue située dans le domaine portuaire porte le nom d’Henriette Michel.

Odette Gorin, résistante rochelaise

Odette Gorin est une des figures de la Résistance à La Rochelle. Membre du Parti communiste, elle se lance dès 1936 dans des actions militantes à l’époque de la guerre d’Espagne, collectant des fonds et des vêtements pour les républicains espagnols réfugiés dans la région.

Alors que les troupes allemandes occupent la ville, cette jeune mère de famille prend part à partir de juin 1940 à des opérations clandestines qui l’amènent à recruter, à distribuer des tracts, à collecter des fonds ou encore à cacher des clandestins et des armes.

Dénoncée par un membre de son réseau, elle est arrêtée le 4 septembre 1942 par la Gestapo avec plusieurs membres de la Résistance locale dont Armand Bouffénie. Elle est déportée au camp de Ravensbrück le 28 avril 1943. Transférée au camp de Neubrandenbourg, elle s’évade le 27 avril 1945. Dès son retour à La Rochelle, fidèle à ses idées, Odette Gorin reprend ses activités militantes, devient conseillère municipale en 1946 et participe à la création de la section locale de la Fédération Nationale des Déportés et Internés, Résistants et Patriotes. Son parcours lui vaut de recevoir de nombreuses distinctions civiles et militaires telles que le titre de Chevalier de la Légion d’Honneur. Elle s’est éteinte dans sa 103e année, le 14 juillet 2004. 

À La Rochelle, une rond-point situé à la limite des quartiers de Tasdon et Villeneuve-les Salines porte le nom d’Odette Gorin.

Dernière mise à jour : 19 février 2025

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